Notre collègue australien Craig Pearce publie aujourd'hui sur son blogue une traduction/adaptation de l'un de mes textes portant sur l'importance de la vérité en relations publiques. J'y développe l'idée qu'il existe autant de «vérités» que de personnes sincères participant à un débat. Si les faits ont une importance cruciale, il faut aussi considérer les valeurs, en vertu desquelles chaque personne accorde plus ou moins d'importance à certains faits plutôt qu'à d'autres. Le relationniste doit demeurer perpétuellement à l'écoute et chercher constamment à maintenir un dialogue.
Je vous invite à le lire et à commenter, soit en anglais sur le site de Craig, ou en français ici même!
mercredi 26 septembre 2012
dimanche 13 mai 2012
Une opinion «masquée» n'a aucune valeur
Dans une rare unanimité, le maire de Montréal et les chefs des partis d’opposition
proposent d’interdire les masques durant les manifestations. Les organismes de défense des droits et
libertés s’y opposent, arguant qu’il y a toutes sortes de motifs légitimes pour
lesquels les gens peuvent se déguiser et que ce n’est pas aux policiers de
décider quand un déguisement est acceptable ou pas.
Ces arguments ne tiennent pas la route, pour deux
raisons. Premièrement, je ne demande pas aux policiers de décider si
le déguisement est acceptable ou pas, je le demande à mes élus municipaux et,
s’il faut en arriver là, à mes élus à l’Assemblée nationale du Québec et à la
Chambre des communes. Dans une société
libre et démocratique, compte tenu des
abus répétitifs des dernières années, cela me semble une règle raisonnable.
Deuxièmement, la
tolérance des masques durant une manifestation qui se veut publique est
d’autant plus absurde qu’une opinion «masquée» n’a aucune valeur. Qui dénonce la brutalité policière? Un honnête citoyen ou un casseur
professionnel? Qui dénonce la hausse des
frais de scolarité? Des étudiants et
leurs supporteurs, ou des groupes de provocateurs en mal de sensations
fortes? Quelle foi accorder à une
opinion exprimée de manière anonyme?
Aucune. Où est alors le sens de
la manifestation?
Nos policiers sont astreints à des règles extraordinairement
rigoureuses de respect des droits de chacun et ils sont soumis à une
surveillance de tous les instants, rendue encore plus implacable depuis
l’avènement des médias sociaux et des téléphones souvent plus intelligents que ceux qui les utilisent. Ne leur donnons pas le bon Dieu sans
confession, mais il est plus que temps d’édicter des règles permettant de
civiliser le droit d’expression.
vendredi 3 juin 2011
Vérité, mensonge et professionalisme en relations publiques (1)
Ce texte a aussi été publié dans Regards RP, édition du 25 mai.
1 – Les relationnistes ne sont pas des
avocats (bis)
Le texte de
Bernard Dagenais publié dans l’édition du 13 avril du Regards RP a le grand mérite
de poser des questions très importantes : notre rapport avec la vérité,
nos responsabilités professionnelles face à nos employeurs et clients, à
l’intérêt public, à notre profession et à nous-mêmes. Comme un grand nombre de nos collègues, je me
suis senti interpellé. J’ai voulu
prendre le temps d’y réfléchir et de coucher par écrit quelques idées qui sont
de nature, je l’espère, à faire avancer la discussion.
Je dois revenir
en premier lieu sur cette insistance à nous associer absolument aux avocats ou
aux politiciens. Devons-nous tenter de
les imiter, ou modeler notre comportement sur le leur? Personnellement, je réponds «non ». Voici pourquoi.
Mon argument
fondamental est le suivant. Nous ne
sommes pas des avocats, ni des politiciens, ni des médecins, des ingénieurs,
des arpenteurs-géomètres, des agronomes, des comptables ou des
denturologistes. Nous sommes des
relationnistes ou, si vous préférez, des professionnel(le)s en relations
publiques. Certains d’entre nous, dont moi, concevons les relations publiques
comme une profession en devenir et nous tentons en toutes circonstances de nous
comporter comme si la profession était reconnue.
Les relations
publiques constituent un domaine de savoir et de pratique distinct. Nous avons notre propre corpus de
connaissances, notre Art a ses règles.
Nous avons une raison d’être, une utilité sociale qui nous est propre et
qui est distincte de celle des avocats ou de tout autre groupe
professionnel. Notre responsabilité
devant la société découle de cette utilité sociale. C’est en fonction de ce que nous affirmons
être que nous devons définir une morale et une éthique pour les relations
publiques et non en nous imaginant que nous ferions un meilleur travail en nous
comportant comme des avocats[1]. Il ne viendrait à l’esprit d’aucun avocat de
régir sa conduite en fonction du code de déontologie des médecins; ce sont des
professions distinctes, ayant élaboré chacune son propre code de conduite en
fonction de sa réalité propre. Pourquoi
en serait-il autrement pour nous?
Par ailleurs, je
suis loin d’être convaincu que les avocats eux-mêmes endosseraient le genre de
conduite qui leur est attribué dans cet article. L’avocat est un officier de justice qui doit
en tout temps soutenir le respect de la loi et servir la justice (article 2.01
du Code d’éthique du Barreau). Il est
astreint à un code d’éthique autrement plus précis et rigoureux que le nôtre où
est répertoriée une longue liste d’actions interdites. En voici quelques exemples : utilisation
des procédures pour nuire à autrui, adopter une attitude allant à l’encontre
des exigences de la bonne foi, tirer sciemment avantage d’un parjure ou d’une
fausse preuve, faire une déclaration en sachant qu’elle est fausse, cacher ou
omettre sciemment de divulguer ce que la loi l’oblige à révéler, aider ou
encourager un client à poser un acte qu’il sait illégal ou frauduleux. Ces obligations me semblent peu compatibles
avec «la recherche de la confusion et de la désinformation». Le travail de l’avocat est d’interpréter les
lois et les règlements de la manière la plus favorable aux intérêts de son
client. Deux avocats qui représentent
des parties adverses peuvent défendre des positions opposées en invoquant
chacun des textes de lois; ils se livrent à une joute d’interprétation devant
un juge à qui il revient de trancher.
Ces avocats n’auront pas menti ni pratiqué la désinformation. Si un avocat ment ou abuse des procédures, il
contrevient à son code de déontologie.
Est-ce vraiment là une référence valable pour une réflexion sur notre
éthique professionnelle?
Pour ce qui est
de la politique, c’est un domaine très particulier qui échappe aux comparaisons
avec les professions. Bien que certains
persistent à confondre le «spin» politique avec les relations publiques, ce sont
deux choses très différentes. Aussi
différentes que peuvent l’être la lutte pour le pouvoir dans une société (ce
qui est l’essence de la politique) et l’exercice d’une responsabilité
professionnelle dans le cadre d’une profession établie. Mais cela est le sujet d’un autre article et
nous amènerait trop loin de notre préoccupation d’aujourd’hui.
LA SEMAINE
PROCHAINE : Qui sommes-nous?
[1] Voir à ce sujet le texte que je cosignais
avec Matthieu Sauvé, ARP, FSCRP, le 17 mars 2010 sur mon blog : http://guyversailles.blogspot.com/
samedi 28 mai 2011
Merci!
J’ai
reçu ce jeudi 26 mai un très beau témoignage de reconnaissance de la part de
mes collègues relationnistes alors que l’on me remettait le prix d’excellence
Yves Saint-Amand. Cet honneur me touche
sincèrement, je ne l’avais pas vu venir.
J’ai
voulu faire ma part pour les relations publiques parce que j’y crois. Pour moi, les relations publiques forment une
profession, dans le sens plein et entier du terme. Une profession qui obéit à
ses propres règles de l’art. Qui forge
sa propre éthique, basée sur une conception claire du rôle qu’elle joue dans
notre société. Qui refuse de se laisser
cantonner dans la fonction d’outil et qui assume – voire qui impose, lorsque
les circonstances l’exigent - sa valeur stratégique.
Il y
a quelques décennies, la fonction responsable de gérer les relations d’une
organisation avec son environnement n’était pas indispensable, mais elle l’est devenue. Une organisation publique, para-publique,
privée, ou communautaire qui prétend
jouer un rôle utile en société doit obligatoirement, en 2011, apprendre à gérer
ses relations avec son environnement social et politique. Cela, c’est notre spécialité, notre champ
d’action, notre utilité pour la société, qu’aucun autre groupe professionnel ne
peut assumer avec autant de compétence que nous.
Gandhi
disait : « Nous devons être le changement que nous voulons voir dans
le monde.» Notre profession est en
devenir. Mais elle demeurera
éternellement en devenir si nous n’agissons pas pour qu’elle soit reconnue à sa
juste valeur.
Il
nous revient à nous, les plus vieux, mais aussi aux plus jeunes, de nous
prendre au sérieux. De connaître nos
valeurs. De nous affirmer dans nos
milieux de travail et de refuser ce que nous savons être inadéquat,
insuffisant, inefficace, ou non éthique.
De nous comporter comme de vrais professionnels, sans attendre que
d’autres nous en reconnaissent la vertu.
D’étudier notre art en profondeur et de nous perfectionner sans cesse. De savoir comment bien servir nos employeurs
et nos clients, sans tourner le dos au bien commun. De nous tenir debout, quoi.
C’est
à cela que je nous convie tous et toutes.
À devenir meilleurs, à nous affirmer comme professionnels, chacun et
chacune d’entre nous individuellement, et comme groupe, comme une profession
qui devra un jour cesser d’être une promesse pour devenir une réalité.
Chers
collègues, merci encore pour cet honneur que vous me faites ce soir. Je tâcherai toujours de m’en montrer digne.
vendredi 31 décembre 2010
Une lecture à mettre entre toutes les mains
Les relations publiques, une profession en devenir
Michel Dumas
Presses de l’Université du Québec, 2010
Étudiants, relationnistes débutants ou chevronnés, employeurs ou professeurs, quiconque considère les relations publiques davantage comme une profession que comme une simple occupation ou un métier, doit lire le livre de Michel Dumas.
On ressort de cette lecture de 160 pages (en incluant les annexes, elles-mêmes d’une grande pertinence) avec la conviction que les relationnistes ont aujourd’hui tous les atouts qui leur permettraient de travailler activement à l’obtention d’un statut professionnel reconnu par la société, si tant est qu’ils le souhaitent.
Le défi des relationnistes demeure le même depuis les premières initiatives de regroupement qui remontent au milieu du XXe siècle : faire la démonstration qu’ils appartiennent à une profession dotée d’un savoir et d’un savoir-faire résultant d’un apprentissage sérieux, et d’un solide code d’éthique où ils se reconnaissent des obligations envers la société, aussi bien qu’envers leurs employeurs et clients.
Michel Dumas retrace et documente l’évolution du corpus de connaissances, de la formation et de la recherche, les contours de la pratique elle-même. Il s’attarde à l’importance du développement professionnel en cours de carrière, au caractère essentiel de l’éthique professionnelle. Se tournant vers l’avenir, il prend résolument partie pour l’obtention d’un statut professionnel et décrit les étapes à franchir pour y parvenir.
L’ouvrage jette aussi des ponts entre la réalité québécoise et canadienne, l’expérience américaine qui a été si déterminante depuis un siècle, et la situation des autres régions du globe. Il ouvre une fenêtre sur les pays où les relations publiques ont acquis un véritable statut de profession. Il soulève la question des différences culturelles qui influencent la pratique sous différents régimes, pour mieux faire ressortir le caractère universel des grands principes qui unissent les professionnels des relations publiques de partout.
Il faut avoir été formé par un grand maître, avoir pratiqué durant plusieurs décennies dans des contextes variés, avoir été actif au sein d’associations professionnelles aussi bien ici qu’à l’international, et avoir pris le temps de réfléchir, avant de pouvoir produire un bilan aussi complet et aussi concis que celui-là, rédigé par surcroit dans une langue d’une grande clarté. Certes, rien n’est parfait. On aurait aimé par exemple un paragraphe ou deux sur la réflexion ayant accompagné la transformation récente de la SRQ en SQPRP. De même, les ponts de plus en plus nombreux entre le domaine de la responsabilité sociale des entreprises et les relations publiques auraient pu être explorés davantage. Mais ces déceptions demeurent très marginales relativement à la qualité tout simplement remarquable de cet ouvrage.
À mettre entre toutes les mains, vraiment.
Michel Dumas
Presses de l’Université du Québec, 2010
Étudiants, relationnistes débutants ou chevronnés, employeurs ou professeurs, quiconque considère les relations publiques davantage comme une profession que comme une simple occupation ou un métier, doit lire le livre de Michel Dumas.
On ressort de cette lecture de 160 pages (en incluant les annexes, elles-mêmes d’une grande pertinence) avec la conviction que les relationnistes ont aujourd’hui tous les atouts qui leur permettraient de travailler activement à l’obtention d’un statut professionnel reconnu par la société, si tant est qu’ils le souhaitent.
Le défi des relationnistes demeure le même depuis les premières initiatives de regroupement qui remontent au milieu du XXe siècle : faire la démonstration qu’ils appartiennent à une profession dotée d’un savoir et d’un savoir-faire résultant d’un apprentissage sérieux, et d’un solide code d’éthique où ils se reconnaissent des obligations envers la société, aussi bien qu’envers leurs employeurs et clients.
Michel Dumas retrace et documente l’évolution du corpus de connaissances, de la formation et de la recherche, les contours de la pratique elle-même. Il s’attarde à l’importance du développement professionnel en cours de carrière, au caractère essentiel de l’éthique professionnelle. Se tournant vers l’avenir, il prend résolument partie pour l’obtention d’un statut professionnel et décrit les étapes à franchir pour y parvenir.
L’ouvrage jette aussi des ponts entre la réalité québécoise et canadienne, l’expérience américaine qui a été si déterminante depuis un siècle, et la situation des autres régions du globe. Il ouvre une fenêtre sur les pays où les relations publiques ont acquis un véritable statut de profession. Il soulève la question des différences culturelles qui influencent la pratique sous différents régimes, pour mieux faire ressortir le caractère universel des grands principes qui unissent les professionnels des relations publiques de partout.
Il faut avoir été formé par un grand maître, avoir pratiqué durant plusieurs décennies dans des contextes variés, avoir été actif au sein d’associations professionnelles aussi bien ici qu’à l’international, et avoir pris le temps de réfléchir, avant de pouvoir produire un bilan aussi complet et aussi concis que celui-là, rédigé par surcroit dans une langue d’une grande clarté. Certes, rien n’est parfait. On aurait aimé par exemple un paragraphe ou deux sur la réflexion ayant accompagné la transformation récente de la SRQ en SQPRP. De même, les ponts de plus en plus nombreux entre le domaine de la responsabilité sociale des entreprises et les relations publiques auraient pu être explorés davantage. Mais ces déceptions demeurent très marginales relativement à la qualité tout simplement remarquable de cet ouvrage.
À mettre entre toutes les mains, vraiment.
dimanche 26 décembre 2010
Les relations publiques autrement
Quelques réflexions personnelles découlant du livre de Matthieu Sauvé
Les relations publiques autrement - Vers un nouveau modèle de pratique
Matthieu Sauvé, M.A. ARP, FSCRP
Presses de l'Université du Québec, 2010
Les relations publiques évoluent en parallèle avec les organisations auxquelles elles appartiennent. Tournées essentiellement vers la propagande il y a un siècle, elles ont graduellement déplacée leur attention vers la création de relations avec les publics, parfois avec l’intention de vendre, de convaincre ou d’imposer, et parfois avec l’intention de favoriser la compréhension mutuelle et le rapprochement. Mais il serait plus juste de dire que les définitions se sont additionnées plutôt que de se succéder. Tant et si bien qu’aujourd’hui, il en existe des centaines. Alors que le marketing, qui a émergé durant la même période et à partir des mêmes savoirs, s’est trouvé un centre, les relations publiques ont éclatées dans toutes les directions. Qui sommes-nous ?
De cette multitude de définitions, une conception dominante des relations publiques s’est tout de même imposée, celle du modèle managérial. Les relations publiques seraient une fonction de gestion, dont le rôle consiste à favoriser l’atteinte des objectifs de l’organisation par la création et le maintien de relations avec ses divers publics. La plupart des définitions contemporaines incluent aussi une forme ou une autre de responsabilité sociale, ou de respect de l’intérêt public. Mais voilà que surgissent les questions : Est-il possible de défendre à la fois l’intérêt particulier d’une organisation et l’intérêt public de la société dans laquelle elle agit? Est-il possible d’aspirer à un dialogue authentique avec les parties prenantes dans le cadre d’une pratique fondée sur le concept de messages clés auxquels il faut se tenir? Pouvons-nous réellement prétendre au rôle de fonction de gestion alors que les organisations qui nous emploient nous relèguent plus souvent qu’autrement à des fonctions techniques?
À partir de ces préoccupations fondamentales, Matthieu Sauvé questionne les prémices mêmes de la conception moderne des RP. L’ouvrage est plutôt technique mais à force d’éplucher les contours théoriques de la profession, il esquisse graduellement le pacte Faustien que les relationnistes ont scellé en acceptant le modèle managérial : En retour de notre siège à la table de la coalition dominante, nous acceptons de subordonner l’intérêt public à l’intérêt particulier de l’organisation, tout en essayant tant bien que mal de maintenir notre cohérence intellectuelle.
L’illusion est assurée par la multiplicité des définitions de ce qu’est l’intérêt public, concept fourre-tout s’il en est, que l’on utilise pour servir nos propres intérêts de diverses manières. Pour certains, l’intérêt public désigne la somme des intérêts particuliers; toute fin devient alors légitime. On peut aussi invoquer une forme de darwinisme social : laissons tous les acteurs s’exprimer et les plus vigoureux l’emporteront. Mais la plupart du temps, nous résolvons le dilemme moral en affirmant tout simplement que le but poursuivi par notre organisation est d’intérêt public et nous développons une argumentation en ce sens. Cette posture morale est devenue tellement commune et répandue que, comme l’air que l’on respire, nous n’en avons plus conscience.
Matthieu Sauvé nous propose une autre vision des relations publiques, selon laquelle ce n’est pas ce que font les relationnistes qui changerait, mais les raisons pour lesquels ils le font. Ils demeureront des facilitateurs dans la rencontre des parties, mais plutôt que de viser l’atteinte des objectifs de l’organisation, leur objectif serait «d’apporter un niveau de satisfaction équitable aux attentes ou aux besoins de tous les acteurs en présence».
Cette vision, on l’aura compris, ne pourra devenir réalité que le jour où les organisations elles-mêmes accepteront d’endosser un rôle et une responsabilité sociale qui tienne compte des trois dimensions politiques, sociales et économiques qui caractérisent leur insertion dans la société.
Utopique? Peut-être pas tant que cela. Car les organisations, mêmes les plus puissantes, sont elles aussi condamnées à évoluer. Rappelons-nous le chemin parcouru depuis les années 1950, où la grande entreprise imposait à tous ses seuls objectifs économiques : «Ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique» pouvait déclarer son PDG, et toute l'Amérique l'applaudissait. L’action incessante des groupes militants dans les domaines des droits humains, du travail et de l’environnement, l’impasse planétaire qui menace alors que nous voyons nos ressources s’épuiser et notre environnement se dégrader, les insuffisances manifestes de la pensée économiste à régler les problèmes sociaux et politiques issus de déséquilibre dans le partage de la richesse, l’émergence d’une nouvelle génération de gestionnaires formés à l’internationalisme et aux enjeux de Bruntland, concourent puissamment à redéfinir la société et les organisations qui la composent.
Naguère centrées sur elles-mêmes, les grandes entreprises s’ouvrent graduellement à leur environnement et constatent la réalité des interdépendances. Hier, elles avaient le pouvoir d’imposer leur volonté. Aujourd’hui, elles doivent négocier. Voilà pourquoi je conclus que, bien que son occurrence demeure exceptionnelle dans le monde d’aujourd’hui, le modèle proposé par Matthieu Sauvé s’inscrit clairement dans l’avenir des relations publiques.
Les relations publiques autrement - Vers un nouveau modèle de pratique
Matthieu Sauvé, M.A. ARP, FSCRP
Presses de l'Université du Québec, 2010
Les relations publiques évoluent en parallèle avec les organisations auxquelles elles appartiennent. Tournées essentiellement vers la propagande il y a un siècle, elles ont graduellement déplacée leur attention vers la création de relations avec les publics, parfois avec l’intention de vendre, de convaincre ou d’imposer, et parfois avec l’intention de favoriser la compréhension mutuelle et le rapprochement. Mais il serait plus juste de dire que les définitions se sont additionnées plutôt que de se succéder. Tant et si bien qu’aujourd’hui, il en existe des centaines. Alors que le marketing, qui a émergé durant la même période et à partir des mêmes savoirs, s’est trouvé un centre, les relations publiques ont éclatées dans toutes les directions. Qui sommes-nous ?
De cette multitude de définitions, une conception dominante des relations publiques s’est tout de même imposée, celle du modèle managérial. Les relations publiques seraient une fonction de gestion, dont le rôle consiste à favoriser l’atteinte des objectifs de l’organisation par la création et le maintien de relations avec ses divers publics. La plupart des définitions contemporaines incluent aussi une forme ou une autre de responsabilité sociale, ou de respect de l’intérêt public. Mais voilà que surgissent les questions : Est-il possible de défendre à la fois l’intérêt particulier d’une organisation et l’intérêt public de la société dans laquelle elle agit? Est-il possible d’aspirer à un dialogue authentique avec les parties prenantes dans le cadre d’une pratique fondée sur le concept de messages clés auxquels il faut se tenir? Pouvons-nous réellement prétendre au rôle de fonction de gestion alors que les organisations qui nous emploient nous relèguent plus souvent qu’autrement à des fonctions techniques?
À partir de ces préoccupations fondamentales, Matthieu Sauvé questionne les prémices mêmes de la conception moderne des RP. L’ouvrage est plutôt technique mais à force d’éplucher les contours théoriques de la profession, il esquisse graduellement le pacte Faustien que les relationnistes ont scellé en acceptant le modèle managérial : En retour de notre siège à la table de la coalition dominante, nous acceptons de subordonner l’intérêt public à l’intérêt particulier de l’organisation, tout en essayant tant bien que mal de maintenir notre cohérence intellectuelle.
L’illusion est assurée par la multiplicité des définitions de ce qu’est l’intérêt public, concept fourre-tout s’il en est, que l’on utilise pour servir nos propres intérêts de diverses manières. Pour certains, l’intérêt public désigne la somme des intérêts particuliers; toute fin devient alors légitime. On peut aussi invoquer une forme de darwinisme social : laissons tous les acteurs s’exprimer et les plus vigoureux l’emporteront. Mais la plupart du temps, nous résolvons le dilemme moral en affirmant tout simplement que le but poursuivi par notre organisation est d’intérêt public et nous développons une argumentation en ce sens. Cette posture morale est devenue tellement commune et répandue que, comme l’air que l’on respire, nous n’en avons plus conscience.
Matthieu Sauvé nous propose une autre vision des relations publiques, selon laquelle ce n’est pas ce que font les relationnistes qui changerait, mais les raisons pour lesquels ils le font. Ils demeureront des facilitateurs dans la rencontre des parties, mais plutôt que de viser l’atteinte des objectifs de l’organisation, leur objectif serait «d’apporter un niveau de satisfaction équitable aux attentes ou aux besoins de tous les acteurs en présence».
Cette vision, on l’aura compris, ne pourra devenir réalité que le jour où les organisations elles-mêmes accepteront d’endosser un rôle et une responsabilité sociale qui tienne compte des trois dimensions politiques, sociales et économiques qui caractérisent leur insertion dans la société.
Utopique? Peut-être pas tant que cela. Car les organisations, mêmes les plus puissantes, sont elles aussi condamnées à évoluer. Rappelons-nous le chemin parcouru depuis les années 1950, où la grande entreprise imposait à tous ses seuls objectifs économiques : «Ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique» pouvait déclarer son PDG, et toute l'Amérique l'applaudissait. L’action incessante des groupes militants dans les domaines des droits humains, du travail et de l’environnement, l’impasse planétaire qui menace alors que nous voyons nos ressources s’épuiser et notre environnement se dégrader, les insuffisances manifestes de la pensée économiste à régler les problèmes sociaux et politiques issus de déséquilibre dans le partage de la richesse, l’émergence d’une nouvelle génération de gestionnaires formés à l’internationalisme et aux enjeux de Bruntland, concourent puissamment à redéfinir la société et les organisations qui la composent.
Naguère centrées sur elles-mêmes, les grandes entreprises s’ouvrent graduellement à leur environnement et constatent la réalité des interdépendances. Hier, elles avaient le pouvoir d’imposer leur volonté. Aujourd’hui, elles doivent négocier. Voilà pourquoi je conclus que, bien que son occurrence demeure exceptionnelle dans le monde d’aujourd’hui, le modèle proposé par Matthieu Sauvé s’inscrit clairement dans l’avenir des relations publiques.
vendredi 17 décembre 2010
Grands projets: la démocratie ne peut faire l'économie de la discussion
Le texte suivant a été adopté par le conseil d'administration de la SQPRP en 2006. À ma connaissance, il représente encore la position officielle de notre société professionnelle sur la question des relations publiques en relation avec les grands projets.
Au cours des derniers mois, plusieurs projets hautement médiatisés ont dû être abandonnés ou encore, être réalisés dans la controverse, à la suite de débats publics houleux. Aujourd’hui, plusieurs se demandent si le Québec est affligé d’immobilisme et s’il est encore possible de mettre de l’avant de grands projets structurants. D’autres dénoncent l’influence des groupes de pression, qu’ils perçoivent comme exerçant une influence disproportionnée à leur véritable représentativité. Certains suggèrent même de limiter le débat, par exemple en ne considérant que les aspects économiques d’un dossier ou en excluant des individus ou des groupes perçus comme n’étant pas suffisamment représentatifs.
POSITION DE LA SQPRP
Les grands projets structurants comportent toujours des impacts non seulement économiques mais aussi sociaux et environnementaux. Ces impacts peuvent être localisés et toucher peu de personnes ou, au contraire, être ressentis sur un grand territoire par une population nombreuse. Il est non seulement légitime mais socialement nécessaire de les évaluer à la lumière des intérêts de l’ensemble de la société.
Les grands projets structurants touchent toujours des publics nombreux et variés. Ils intéressent aussi des groupes qui, bien qu’ils ne soient nullement affectés par le projet, s’investissent d’une mission et décident de faire valoir leur opinion, dans le cadre de la libre circulation des idées et des opinions caractéristique d’une démocratie comme la nôtre. Dans la mesure où elles sont exprimées avec sincérité, toutes les opinions doivent être reçues et considérées. Il revient aux intervenants et aux médias d’en évaluer la valeur, selon la solidité et la profondeur des faits et de la réflexion qui les sous-tendent. Cette appréciation peut varier selon le point de vue et les valeurs de chacun.
Il est illusoire et contreproductif de penser restreindre ou court-circuiter pareil débat. La communication véritable est essentielle à toute société démocratique. Les médias d’information y jouent un rôle fondamental. Les organismes constituant la société civile, par leur engagement, contribuent à l’édification d’une société vigoureuse. L’examen de l’ensemble des idées et un débat ouvert permettent d’identifier l’ensemble des solutions possibles et d’en soupeser les avantages et les inconvénients.
Dans cette perspective, les professionnels en relations publiques affirment que :
Au cours des derniers mois, plusieurs projets hautement médiatisés ont dû être abandonnés ou encore, être réalisés dans la controverse, à la suite de débats publics houleux. Aujourd’hui, plusieurs se demandent si le Québec est affligé d’immobilisme et s’il est encore possible de mettre de l’avant de grands projets structurants. D’autres dénoncent l’influence des groupes de pression, qu’ils perçoivent comme exerçant une influence disproportionnée à leur véritable représentativité. Certains suggèrent même de limiter le débat, par exemple en ne considérant que les aspects économiques d’un dossier ou en excluant des individus ou des groupes perçus comme n’étant pas suffisamment représentatifs.
- Les promoteurs de tout projet majeur doivent se donner les moyens de respecter les exigences d'une communication efficace. Ils doivent notamment, en collaboration avec les professionnels en relations publiques, incorporer les préoccupations suivantes dès la phase de conception des projets et tout au long de leur implantation :
- identification de tous les groupes susceptibles d’être touchés par le projet, ainsi que des groupes susceptibles de vouloir l’influencer;
- identification claire non seulement des avantages et des inconvénients directs du projet, mais aussi de l’ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux;
- Les professionnels en relations publiques doivent de plus mettre en place des stratégies et des moyens de communication poursuivant les objectifs généraux suivants :
- comprendre les intérêts, les opinions, les valeurs de toutes les parties prenantes susceptibles d’être touchés ou intéressés par le projet et en informer le promoteur
- renseigner adéquatement l’ensemble des parties prenantes, c’est-à-dire leur procurer en temps utile une information complète et exacte, présentée et/ou rédigée d’une manière adaptée à chaque public afin d’en faciliter la compréhension
- entreprendre un dialogue entre le promoteur et les parties prenantes afin d’assurer une communication la plus efficace possible;
- Le débat public autour d’un projet majeur doit poursuivre les objectifs suivants :
- identifier clairement les bénéfices économiques, sociaux et environnementaux de court et de long terme escomptés de la réalisation du projet
- identifier clairement les difficultés posées par le projet et ce, sur les plans économique, social et environnemental
- déterminer les conditions minimales qui permettront la création d’un consensus raisonnable à partir duquel l’autorité dûment constituée décidera de procéder ou non.
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